[Fév 2019] Newsletter Parégrine #2 - I believe I can fly !

Publié : 04/02/2019 14:34:29
Catégories : Newsletters

L'Envol


Julien Benhamou est un sculpteur.
Il aime tailler les corps à coups de lumière, exhausser les muscles saillants dans un art subtil du clair obscur. J’ai tendance à déshabiller les hommes et à habiller les femmes. Pour lui, un modèle dépouillé de tout vêtement dégage quelque chose de plus radical, de plus essentiel. Je suis très sensible à la beauté des corps, dans laquelle je vois le travail fourni, les muscles entretenus, tendus, ou au contraire le relâchement après l’effort. Il expose ses nymphes et ses éphèbes dans des atmosphères tantôt baroque, tantôt romantique, tantôt mystique, s’approchant des expositions d’un Rembrandt ou d’un Caravage. Ils ont, chacun à leur façon, su exploiter les noirs avec une puissance, une intensité, que je trouve fascinante. En éclairant finalement très peu leur composition, il donne à leur peinture une force rare, une beauté saisissante.

Julien Benhamou est un graveur. Le danseur est la matière avec laquelle il trace des courbes, des arabesques. Toutefois, il ne résume pas l’acrobate à un corps. Je ne pourrais pas demander à Mickaël Lafon de faire la même chose que François Alu. Il évoque deux dimensions chez ces artistes : la façon de se mouvoir et la personnalité. En effet, les danseurs, il les sollicite par affinité. Certains sont devenus mes amis. Pour moi, faire une séance photo le temps d’un weekend, c’est d’abord l’occasion de passer un bon moment entre amis. On fait une séance à la mer comme d’autres iraient au bowling, ajoute-t-il dans un sourire. Il nous confie son admiration pour leur excellence artistique et plastique. Il utilise leur silhouette d’exception pour les sortir de leur univers. Leurs poses ne sont pas orthodoxes. Je ne cherche pas à reproduire des situations qui pourraient être extraites d’un ballet classique. A 25 ans, il se rend à l’Opéra de Paris : c’est le coup de foudre immédiat. La danse réunit tout ce que j’aime dans la photo : le côté théâtral, la passion et l’esthétisme. Sa chance aussi est d’être au départ étranger à ce milieu, ce qui le détache des poncifs du genre. Il soumet à Brigitte Lefebvre, alors directrice du ballet de l’Opéra de Paris, le projet de portraiturer tous les membres de la troupe, jusqu’à devenir l’oeil des ballets de l’Opéra de Paris.


Julien Benhamou est un poète.
Il écrit toujours le même poème, confessant l’inconscience de son caractère obsessionnel. Il réalise rétrospectivement qu’il ne varie jamais les angles, prend ses images toujours à plat. La quête de l’artiste serait de faire et refaire éternellement la même oeuvre. Si sa culture de l’image vient de la mode, il nous explique s’en être détaché. Les images sophistiquées, ça m’intéresse. Je veux faire des images à but esthétique, mais avant tout, je cherche la surprise. Une surprise qu’il coécrit visuellement avec ses artistes, dont il loue la très forte culture artistique. On part d’une idée, d’une sensation, d’une envie. L’inattendu, ce fut le cas pour L’envol qu’il qualifie de moment de grâce. C’était un moment tellement rare. Finalement, on a beau essayer d’autres choses, on ne cherche qu’à tenter de reproduire, retrouver ce moment. Gageons qu’ils se multiplient à longueur de pages tout au long de cette Poésie du Mouvement.

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