Il remplaçait les vieux magazines par les récents numéros

Publié : 28/02/2018 10:06:06
Catégories : Profession libérale

Paris 8ème arrondissement - Depuis le début de l’année, les salles d’attente des cabinets médicaux du quartier Monceau-Villiers étaient devenues le terrain d’un sinistre jeu de la part d’un individu fort mal intentionné. Le forcené remplaçait tous les magazines de plus de 6 mois par les derniers exemplaires. Il menait ses forfaits gratuitement pour le pur plaisir des patients.

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Un psychopathe méthodique et imprévisible

Les praticiens du quartier ont encore du mal à en parler sans trémolos dans la voix. “La première fois que je m’en suis rendue compte, j’ai cru à une mauvaise blague de notre réceptionniste”, explique Sophie, podologue dans un grand centre Boulevard Malesherbes. “Mais lorsque le méfait s’est reproduit plusieurs semaines d'affilée, j’ai compris qu’on avait affaire à quelqu’un de déterminé. Pourtant, je remettais des vieux Savoir Plus Santé chaque lundi matin.” Elle nous confie avoir reconnu les caractéristiques d’un psychopathe, agissant de manière méthodique, “probablement quelqu’un d’isolé socialement pour avoir besoin de commettre des actes si odieux en plein Paris”.

Au total, depuis janvier, plus d’une trentaine de cabinets médicaux se sont vu frappés, proposant malgré eux une offre de lecture en salle d’attente remise au goût du jour. Un patient se rendant plusieurs fois par mois chez son dentiste témoigne, sous le choc : “J’ai vraiment pensé à changer de praticien ! Je ne retrouvais plus le classement des hôpitaux du Point de septembre 2003 que j’apprenais par cœur depuis bientôt deux ans. Personne n’est préparé à ça.” Une perte de repère qui fait écho avec la réaction violente d’une jeune femme qui a fondu en larmes en découvrant le dernier Elle qu’elle n’avait pas encore reçu, alors qu’elle y est abonnée.

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Jennifer Aniston au secours du 8ème arrondissement

C’est un ostéopathe, Charles, qui a finalement réussi à coincer l’illuminé. Il avait été dérangé en pleine consultation par des éclats de voix dans sa salle d’attente. L’accusé échangeait en effet bruyamment avec la prochaine patiente, Jeannine. Celle-ci, habituée à sa sempiternelle lecture de la séparation de Jennifer Aniston et Brad Pitt, ne voulait pas croire qu’il était désormais question de son divorce avec Justin Theroux. L’accusé lui ayant alors arraché le vieux Gala des mains, la fan de Rachel & Ross s’était mise à hurler. Charles nous raconte : je crois qu’elle a dit de façon assez définitive :“Non, ne le touchez pas, si Jen divorce encore, je n’y survivrai pas !””. Celui que la préfet de Paris a déjà qualifié de héros ajoute : “J’ai été effrayé par ces cris. J’ai foncé dans la salle. J’ai pris la mesure de la situation. Je me suis mis en danger mais j’ai surtout pensé à mes filles, au monde que je voulais leur laisser. Je n’ai pas pensé à moi.” N’écoutant que ce courage aveugle, il a réussi à déjouer la vigilance du psychopathe pour appeler le commissariat voisin.

Sur les dents, la police a pu intervenir très rapidement pour interpeller le malfaiteur sur le lieu du crime, à la grande satisfaction de la patientèle de l’Ouest Parisien. L’accusé, Romain, un individu de 32 ans, journaliste et grand sportif, s’était senti investi d’une mission : tenir à jour la presse écrite des salles d’attente de son arrondissement. A la sortie de sa garde à vue, il a pu confié à nos confrères du Parisien : “L’an dernier, je me suis fait les ligaments croisés et ai passé un temps considérable dans la salle d’attente du kiné. Comme tout médecin qui se respecte, le mien accusait facilement 20 minutes de retard à chaque consultation. Un matin, alors que je patiente depuis plus d’une demi-heure, je finis par feuilleter un exemplaire de So Foot sur le bilan de la Coupe du Monde 2010 en Afrique du Sud. C’est l’olive qui a fait déborder le Martini…”


Après cet épisode, c’est l’engrenage infernal. Romain décide d’organiser seul des tournées dans les cabinets médicaux des beaux quartiers de la capitale pour remplacer toute la littérature froissée et jaunie. Le mode opératoire est désormais connu : il achète de sa poche les magazines aux kiosques du quartier et s’introduit subrepticement dans les cabinets pendant les consultations ou sur la pause déjeuner.

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Franc tireur isolé ou nouvelle mafia de l’Ouest parisien ?

“Vous ne pouvez pas vous imaginer la sensation de feuilleter un magazine sans crainte de choper toutes les bactéries qui y germent depuis des années. Ne pas retrouver cette odeur de page moisie par l’humidité, ni la poussière qui recouvre ces couvertures complètement déchiquetées. Comment voulez-vous que les gens réagissent quand ils se retrouvent subitement nez à nez avec des magazines récents, avec du contenu intéressant, intacts et vierges de toute saleté ? Forcément c’est la panique généralisée”, reconnaît encore Sophie, actuellement suivie par la cellule psychologique ouverte par le ministère de l’Intérieur depuis le début de la semaine. “Je voulais vraiment recréer des espaces d’attente agréables pour les patients. Je ne comprends pas mes torts”, s’est défendu maladroitement le prévenu, enfermé dans le déni. Il risque à présent d’écoper de 18 mois de travaux d’intérêt général : réinstaller les exemplaires bien périmés dans les lieux de ses forfaits.

Il sera pourtant étroitement surveillé :  les enquêteurs auraient retrouvé dans des messages postés sur les réseaux sociaux la planification d’une nouvelle action d’envergure, renouveler la décoration des cabinets. Une question est aussi de savoir s’il agissait seul, et s’il y aurait des commanditaires. D’autant qu’il aurait évoqué dans l’un de ces fameux messages une collaboration avec la société Paregrine. Les fondateurs ont été entendus au 36 Quai des Orfèvres ce lundi.

Affaire à suivre, donc.

Pour découvrir l’identité de cette mystérieuse société Paregrine, retrouvez notre dossier complet ici